29.12.2008

Une oeuvre n°5 : "Scarborough Fair/Canticle" de Simon & Garfunkel

Au début des années 1960, Paul Simon n'était qu'un guitariste new-yorkais comme beaucoup d'autres, Arthur Garfunkel un chanteur débutant new-yorkais comme beaucoup d'autres. Ils avaient bien fait un album ensemble en 1964 qui avait reçu un petit succès d'estime, mais sans plus. Et puis en 1967 est arrivé Mike Nichols qui cherchait de quoi faire une BO à son nouveau film, l'histoire d'un jeune diplômé de Harvard qui, à 21 ans, ne sait pas quoi faire de sa vie et se fait déniaiser par une copine de ses parents. Ça tombait bien, les compères avaient du talent et quelques titres à revendre. Ce film, c'est Le Lauréat et c'est de cette manière que Simon & Garfunkel ont gagné leur aura.

Tout d'abord, parce que déjà, Le Lauréat préaugure de grands maux de la société américaine, et il est en cela culte. Ensuite, la personnalité de Dustin Hoffman, acteur débutant qui – contrairement à ce que son physique laisse imaginer – a allégrement passé la trentaine, envahit totalement l'écran. Il n'est pas super beau, mais doté d'une signature naturelle à la fois sombre comme les comédiens de western et fraîche comme un jeune premier, ce qui lui permet de jouer à la fois la naïveté et la perversion, entre autres sentiments paradoxaux. Ce rôle d'étudiant paumé entre la mère et la fille lui va donc à ravir.

La bande originale du film est d'ailleurs un album à part entière de Simon et Garfunkel. C'est là que l'on retrouve leurs plus grands succès, tels Mrs. Robinson, The Sound of Silence... Mais j'ai choisi ici de présenter un morceau bien à part : Scarborough fair/Canticle. Cette chanson, assez aérienne, intervient dans le film quand on découvre l'histoire entre l'étudiant et la fille de son amante, LA véritable histoire d'amour du film.Cette chanson est en effet une reprise d'un vieille chanson du Moyen Âge sur le marché du port de Scarborough, en Angleterre. C'est l'histoire d'un homme qui ne sait dire à sa bien-aimée qu'il l'aime. C'est donc cet hymne courtois que Simon & Garfunkel associe finalement à l'amour pur entre les deux adolescents, contrairement à la pulsion sexuelle qui associe l'étudiant à Mrs. Robinson.

 

25.11.2008

Un oeuvre n°4 : Bande originale du film "Le Mépris", par Georges Delerue

Pour comprendre Le Mépris de Jean-Luc Godard, réalisé en 1963, il faut comprendre le contexte culturel dans lequel cette oeuvre que je n'ai malgré tout pas vue se situe. Dans le cinéma français des années 1960, c'est la Nouvelle Vague, dont l'un des chefs de file est effectivement Jean-Luc Godard, qui s'inspire directement dans ses films du situationnisme d'un Ingmar Bergman au sommet de son art...

Je ne vous parlerai donc pas de l'histoire de ce couple, le scenariste Paul Javal (Michel Piccoli) et son épouse Camille (Brigitte Bardot) qui, en rejoignant le tournage d'un film de Fritz Lang (qui joue son propre rôle) en Italie. Ils s'aperçoivent alors que le couple est régi par le mépris l'un de l'autre et que la rupture est inéluctable... Mais l'important, désormais, n'est pas dans l'histoire de ce film, mais dans la représentation qui en est faite.

D'abord, ce que Godard veut dire à travers ce film. Certains spécialistes interpréteront la fin du film (que je ne connais pas, puisque je ne l'ai pas vu...) comme une volonté de tuer à la fois une vision ancienne du métier de cinéaste (à travers la mort du producteur) et la Nouvelle Vague (à travers la mort de Camille)... Bref, c'est éminnement situationniste, et vous nous pouvez pas savoir à quel point le cinéma situationniste me broute les noix... Passons.

Ce qui symbolise le film, c'est aussi l'affiche. Une Brigitte Bardot omniprésente, sensuelle, obsédante. Et ce que ceux qui ont vu le film ne retiennent que son minois et ses courbes dévoilées et fantasmées par une Jean-Luc Godard éberlué d'avoir une femme pareille devant sa caméra. Parce que, même si le film est tiré d'un roman italien écrit par Alberto Moravia, l'histoire n'est rien, il n'y a qu'elle. Et c'est justement parce qu'elle résume à elle seule la situation que ce film aujourd'hui fait l'objet d'un culte.

Cette obsession charnelle se retrouve dans la musique du film. Évidemment, faire appel à Georges Delerue ne pouvait que garantir la signature sonore et reconnaissable entre mille de ce film. Mais là encore, Delerue n'a pas été bon, il a été parfait, car il a tout de suite percé cette obsession chez Godard. Résultat, si l'ensemble de la bande originale est une pure merveille, le thème qui symbolise le film est évidemment celui que Delerue a dédié au personnage de Camille. La femme, évidemment. La base des violoncelles est magnifiquement posée, les altos sont tout en langueur et les violons qui donnent cette impulsion, qui se mettent à répondre aux altos, comme pour souligner l'insolence de Camille face à son mari... Bref, ce morceau contient ce mélange de sensualité, d'obstination et de tristesse que peut être le personnage de Camille.

Régalez-vous les oreilles...

 


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... et les yeux aussi...

 

08.10.2008

Une oeuvre n°3 : Maro eo ma mestrez

 

Pour la troisième oeuvre décortiquée, je vous propose un voyage dans mon pays breton natal, avec une gwerz très connue et très reprise par tout ce que la Bretagne peut faire comme barde contemporain, j'ai nommé Maro eo ma mestrez (Ma maîtresse est morte pour les non-brittophones).

Tout d'abord, il faut définir ce qu'est la gwerz. En français, ce genre musical correspond à ce que l'on appelle la complainte, c'est-à-dire que ça consiste à pleurer sur son sort pour extérioriser sa détresse, son mal-être. Pour bien comprendre la portée d'une gwerz sur un mélomane, écoutez toute oeuvre de Denez Prigent dans sa periode unplugged un 11 novembre... Et oui, ça fout un coup de mou ^^

Donc, je vais vous conter l'histoire de Maro eo ma mestrez. C'est donc l'histoire d'un homme qui, se promenant dans son jardin, fou de douleur d'avoir perdu la femme qu'il aimait, s'imagine des manières de la rejoindre. Personnellement, je n'en sait pas le compositeur, ni de quand date cette gwerz. Tout ce que je sais, c'est que n'importe quel chanteur bretonnant avec la voix légèrement tremblotante peut donner une âme à ces paroles. Oui, car par sa voix, le chanteur fait passer le désarroi de l'homme qui erre sans but... Voici les paroles :

Me am eus ur feuntenn
E-barzh kornig ma jardin.
Ennan e vin kavet,
Deus an noz hag an mintin
Ennan e vin kavet
Atristet gant ar glac'har,
Sonjal e ma mestrez
A zo aet d'an douar

Maro eo ma mestrez
Maro eo holl ma fians
Maro ma flijadur,
Ha tout ma holl esperans.
Biken, 'mije sonjet,
Nag ar maro a deuje

Da lemmel diganin
Ma dous ma c'harantez.

Deus poaniou ar bed man,
Fusulhiou ha konteliou,
Hastet, mar plije ganeoc'h
Disoc'het din ma buhez
'vid maz in d'ar bed all,
Warlec'h ma c'harantez

C'hoarvez a ra ganin
Evel gant ur vatimant
Da navigi war ar mor,
Graet gantan e beaj
Erruet e porzh ar joa,
Ma doucha d'ar gern
E tello perisa.

J'ai une fontaine
Dans un coin de mon jardin
Là, vous me trouverez
Le matin comme le soir
Pétrifié de chagrin,
Pensant à ma bien-aimée

Ma bien-aimée est morte,
Je n'éprouve plus aucun plaisir
Ma confiance s'est envolée
Ainsi que tous mes espoirs.
Jamais je n'avais imaginé
Que la mort puisse venir
M'enlever ainsi
Ma douce, ma bien-aimée

Peines de ce monde,
Fusils et couteaux,
Dépêchez-vous,
Je vous en prie,
D'en finir avec ma vie
Dépêchez-vous,
Je vous en prie,
D'en finir avec ma vie.
Que j'aille dans l'autre monde
Rejoindre ma bien-aimée.

Je suis comme un marchand
J'ai un navire
Pour voyager sur mer.
Son voyage achevé,
Il accostera aux îles de la félicité,
Si le mat venait à se briser,
Il sombrerait.

Et voici une illustration sonore, avec la version de Dan Ar Braz et l'Héritage des Celtes...


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29.09.2008

Un oeuvre n°2 : La sonate n°17 en ré mineur, opus 31 n°2, "la tempête" de Ludwig van Beethoven

Étant chez my Tiny Boy ce week-end, je me suis remise au piano. Si son style est plutôt jazz et chanson française, moi, je reste dans des oeuvres plus classiques. Je fais notamment une boulimie du Clavier bien tempéré de Bach. Mais passons ces considérations. Encore toute frétillante de ce week-end en amoureux, j'allume LastFM sur mon ordi et voilà que je tombe sur Fazil Say jouant une oeuvre de Beethoven. Et je suis revenue sur YouTube pour le voir jouer "La tempête" (que de chemin parcouru !).

La sonate n°17 en ré mineur, opus 31 n°2 ne devait pas au départ s'appeler La tempête, mais les premiers auditeurs ont trouvé des similitudes avec l'oeuvre éponyme de William Shakespeare et en ont averti ce sémillant compositeur qu'est Ludwig van Beethoven en gueulant très fort dans son oreille, vous l'aurez compris.

Cette oeuvre fut composée en 1802, et fut dédiée avec l'opus 16 à la comtesse de Browne. Elle fait partie du package de l'opus 31 édité en 1803, sachant que la partie n°2 fut composée avant la partie n°1 (car en plus d'être sourd, Beethoven avait un sens logique particulier).

Au total, de cette oeuvre de vingt minutes (largo-allegro/adagio/allegretto) n'est véritablement reconnue que le troisième mouvement, à savoir l'allegretto. C'est le genre de morceau que tu joues exclusivement pour te la péter quand tu es comme moi un pianiste du dimanche, mais aussi quand tu es un pianiste confirmé en mal de notoriété. Pour l'interpréter, il y a deux écoles : le jouer vraiment allegretto et sans pédale, ce qui, à mon sens, rend le morceau très sec et peu délicat. Ou bien le jouer lié, avec un beau jeu de pédale (j'entends par "jeu de pédale" un jeu avec les pédales du piano, bande d'obsédés ^^), ce que je préfère.

D'ailleurs, je vous donne une belle preuve du troisième mouvement joué avec liaison et délicatesse, à savoir interprété par Wilhelm Kempff :

 

Et une deuxième version, à mon sens un peu sèche, de Fazil Say que j'idolâtre... Cela ne remet pas encore son interprétation (faut le jouer!), mais il me semble qu'un peu plus de liaison et de sensualité ne lui aurait nullement nui...

01.09.2008

Une oeuvre : Le prélude de la suite en Do mineur (BWV 847) de Johannes Sebastian Bach

J'aurais pu, comme tout à chacun, faire une biographie de Johannes Sebastian Bach (1685-1750). Mais que dire de plus sur ce compositeur culte du baroque allemand, de ce réformateur en matière de chants religieux (ses cantiques sont toujours chantés à l'heure actuelle dans les offices catholiques en Allemagne, c'est dire!), et même de ce basculement entre musique baroque et classique?

Non, j'ai choisi ici de vous parler d'une de ses oeuvres majeures, le prélude n°2 en ut mineur (BWV 847). Extrait du Clavier bien tempéré, livre 1, j'ai découvert ce morceau par vous savez qui, car il le cite souvent en exemple pour caractériser toute la rectitude, voire la rigidité de la musique classique telle qu'elle pouvait se faire au XVIIIe siècle (c'en devient même une marotte, à croire que c'était son joujou pendant ses récrés au conservatoire). Et c'est vrai, le morceau, du début à la fin, est une monstruosité de rectitude, tant rythmique qu'harmonique...

L'oeuvre nous parvient aujourd'hui majoritairement au piano (merci Glenn Gould, qui le joue de manière un peu sèche...), parfois à la guitare (mais ce n'est pas la seule oeuvre qui a été réorchestrée pour les cordes, en témoigne le BWV 999, une torture au piano pour l'avoir joué souvent!) et de moins en moins au clavecin, pourtant son instrument d'origine...

Pour finir, je vous propose deux versions... Une à la guitare électrique, à la manière hard-rock symphonique, très rafraîchissante... 

 

Et la version jazz de Jacques Loussier

 


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Vi bacia